Biographie
Né à Pouldavid-sur-mer (aujourd’hui en Douarnenez), dans un foyer modetse et chaleureux, vit depuis plus de quarante ans à Brest. Marié à Josette, qui lui a donné une fille Jehanne- Il fut un professeur (heureux) de Lettres classiques et est un écrivain, auteur de quelque 25 romans de mystère et de nombreuses nouvelles, les uns et les autres ayant été souvent adaptés pour le cinéma et la télévision.
Principal éditeur depuis 23 ans : Albin Michel, Paris, chez qui son dernier ouvrage, « La Fille de Baal » est paru en novembre 2005
Evénement qui l’a particulièrement marqué : son arrestation dans son village natal par les Allemands le 5 août 44, suivie de 7 heures passées au mur des otages et d’une libération miraculeuse. J.F Coatmeur est passionné de musique classique, vénère l’évangile des Béatitudes, abhorre la raison d’état, cultive l’amitié, pratique avec conviction le sport et la danse de société.
Le 3 juin 2010 parait son dernier roman à suspense, Une écharde au cœur, aux Editions Albin Michel.
Témoignage
Le pâté Hénaff était très présent dans nos traditions familiales. Parmi tant d'images, ancrées dans mon souvenir, de mon enfance à Pouldavid, j'en retiendrai deux, qui sont liées à la fameuse enseigne de Pouldreuzic.
Cela se passe aux premiers jours de janvier. Nous rendons visite pour la bonne année à des parents émigrés à Ploaré, sur la colline. La nuit est tombée, une nuit d'hiver qui sent le grésil, la bise me cisaille les joues, mes galoches claquent sur le sol gelé. Nous arrivons. Triples embrassades, "Bloavez mad !" en boucle. Je grimpe à l'étage admirer la crèche de Noël bricolée par l'un de mes cousins. Mais la pièce est une glacière, je grelotte. Quatre à quatre je redescends au sous-sol, où nous allons dîner (On disait "souper"). Menu modeste et savoureux. Il y aura la poule rôtie, le far aux pruneaux et pour l'entrée, rituellement, je sais que ma tante, une robuste bigoudenne de Plovan, aura ouvert une immense boîte de pâté Hénaff, et déjà je hume la bonne odeur familière. Nous nous attablons. Je me rappelle les rires, les conversations vite débridées, les tintements de verres, la douce tiédeur qui nous gagne. Et, intact dans mon souvenir, ce parfum unique, embaumant l'humble cuisine...
Autre séquence, autre décor. En ce dernier dimanche d'août, nous assistons au pardon de Ste Anne-la-Palud. Depuis mes 7 ans, quel que soit l'état du ciel, j'accompagne père, mère et grande soeur et je couvre crânement la quinzaine de kilomètres, autant pour le retour, qui sépare notre village du sanctuaire. Grand-messe entendue, les pèlerins s'égaillent vers la mer pour un déjeuner champêtre. Il fait beau, les flonflons de la fête foraine nous parviennent, estompés, pendant que nous progressons sur la "palud" entre les chardons et les herbes folles; au zénith une alouette s'égosille. Papa nous désigne avec autorité une niche douillette, lovée au creux de la dune. On s'y installe, on vide les sacs à provisions, gonflés comme des outres et, ô merveille, voici qu'apparaît la sympathique boîte aux reflets bleutés. Me croirez-vous ? Lorsque j'évoque cet instant de bonheur pur, c'est d'abord un arôme qui vient titiller mon souvenir. Le temps a gommé dans ma mémoire nombre d'impressions du passé, mais encore aujourd'hui, je crois sentir, dominant les effluves d'iode et de menthe sauvage, la fragrance à nulle autre semblable qui hatouillait mon odorat, tandis que maman, à genoux sur le sable, découpait équitablement la tendre charcuterie. Comme une empreinte indélébile, éternellement préservée, du temps beni de ma petite enfance."

