Biographie
Du Raz de Sein au Golfe de Saint-Tropez il n'y a qu'un pas, que je franchis allégrement dans le désordre de mai 68 entre les bras de mon mari Alain, espèce en voie de disparition, puisque Tropézien « pur jus », (nobody is perfect !) qui tient absolument à emporter un souvenir de Bretagne où il poursuit ses études.
Deux enfants, deux petits-enfants…bientôt trois, et quelques années plus tard, installée dans le Sud, dans ce petit village si célèbre sous le soleil exactement, en arapède nomade (si, si, ça existe !) je n'hésite jamais à aller planter mes pieds dans le goémon et me rafraîchir sous le crachin tout là-haut dans l’Ouest, ou dorer comme un bar grillé à point, sous les rayons brûlants qui sévissent bien plus souvent que certains esprits chagrins ne voudraient nous le faire croire.
Témoignage
Des histoires au goût de pâté Hénaff j’en ai plein mes souvenirs comme tout breton qui se respecte, c’est la « boîte de survie » ainsi que nous la surnommions du temps de nos rudes années de pensionnat. Elle a toujours été présente autant que ma mémoire s’en souvienne aux pique-nique, ou à la table familiale (faite sur mesure pour nous huit!), et fait partie obligatoirement du paquetage du marin, du vrai je m’entends ! Aujourd’hui enfants et petits-enfants perpétuent la tradition et tout le monde a dans son fond de réserves quelques boîtes bleues….la saga perdure….Mais un évènement plus précis, un certain jour de 1958, m’a fait apprécier pleinement cette saveur à nulle autre pareille car j’ai bien pensé ce jour-là que c’était ma dernière dégustation…imaginez l’horreur ! :
ILE DE SEIN 1958. C'est un été comme il n'en existe que dans les souvenirs d’enfants et sur les îles : ciel d'améthyste, brise légère comme un baiser volé, temps suspendu zébré de cris de mouettes. Ce matin nos rires leur répondent en écho lorsque nous prenons d'assaut le « Président de Gaulle » le bateau de papa. Mes quatre frères, ma sœur et moi, partons ramasser des moules du côté du phare d'Armen, là où en tendant la main nous touchons l'Amérique ! Jour de fête ! Nous quittons le port heureux comme seuls nous savons l’être dans cette famille extraordinaire, adressant de grands signes à maman qui assiste au départ sereine, sans appréhension. Les grandes expéditions font partie de nos habitudes.
Un peu plus tard papa qui doit aller relever ses casiers, nous dépose sur un caillou au milieu de nulle part. En intrépides Robinson livrés à nous-mêmes pour plusieurs heures, nous sautons sur la roche, inconscients du danger, nous riant des vagues qui s’engouffrent dans les interstices avec fureur, habiles comme des enfants élevés en toute liberté sur notre île minuscule emperlée de galets blancs comme autant de colliers et qui ressemble à s’y méprendre au paradis. Chacun s'empresse avec entrain de faire sa pêche miraculeuse car face à notre ardeur les moules capitulent sans résistance. Quand brusquement le décor change.
Le brouillard sournois, effaçant la Chaussée de Sein, gommant tous repères, nous enveloppe d'une mousse ouatinée que seul transperce le mugissement terrifiant de la corne de brume. Soudain il fait froid, les bruits sont étouffés, le silence s'installe. L'angoisse nous étreint, quelques larmes coulent, nous sommes seuls au monde abandonnés des hommes et des Dieux. Plus question désormais de comparer le résultat de nos pêches, c’est la débâcle ! Mon frère aîné Philippe, dramatisant la situation, et heureux de nous terroriser davantage, décrète qu'il est désormais impossible de nous retrouver dans cet enfer, entourés que nous sommes de rochers à fleur d’eau qui seront dans peu de temps recouverts par la marée montante, dans cet endroit considéré par les marins comme un des plus dangereux du monde. Il nous rappelle gentiment le dicton « Qui voit Sein voit sa fin » Et muets devant l’évidence, nous écoutons sans faillir les directives qu’il nous dicte avant de périr en mer corps et biens, désespérés peut-être mais dignes. Bon sang ne saurait mentir…Nous devons donc dans un premier temps réciter quelques prières, malgré l’abandon évident du ciel, sait-on jamais ?…puis sans délai, profiter du pique-nique préparé par maman, tout en chantant à tue-tête, au cas où un paquebot croiserait dans les parages ! Heures ô combien cruelles où l’attente paraît sans fin et l’espoir se réduire telle une peau de chagrin…
Pourtant quelques heures plus tard, le doux bruit du moteur du « Président de Gaulle » nous transportera d’allégresse. Papa marin hors pair, nous retrouvera sans peine accrochés à notre rocher tels des berniques transies, alternant en hurlant les « Je crois en toi Mon Dieu » et « A la pêche aux moules, moules, moules », entre deux bouchées de sandwichs pâté Hénaff-cornichons, notre dernier festin ici-bas, que nous dégustons avec autant de vénération que des hosties, le tout quand même arrosé de limonade, pour l’ivresse des bulles!
Les retrouvailles se font dans l’émotion et c’est blottis bien au chaud au fond du bateau de papa et dans son amour retrouvé, que nous rejoignons la terre ferme heureux d’avoir vécu cette aventure que nous raconterons comme un exploit aux générations futures. C'est la raison pour laquelle le pâté Hénaff a toujours pour moi un avant-goût de paradis. Et j’espère fermement que là-haut les réserves sont pleines !
Breizh d'Azur
En 2006, consciente du nombre important de Bretons vivant sur la Presqu'île, je créé avec quelques amis dont le Chef renommé Laurent Tarridec mon vice-président Quimpérois, "BREIZH d'AZUR", l'association des Bretons du Golfe de SAINT-TROPEZ et du VAR. Aussitôt les poids lourds de L'Ouest nous rejoindront: François Pinault, Vincent Bolloré, Jean Guy Le Floch, prouvant que la solidarité bretonne n'est pas un vain mot, puis quelques 150 adhérents heureux de vivre dans le Sud mais fiers de leurs racines. Les portes de notre association s’ouvrent également aux Varois avec qui nous avons des rapports chaleureux puisque tel est le but de cette association.
Articles de presse :
- Article du 21 juillet 2005-VM
- Article du 3 août 2005-VM
- Article du 6 août 2005-VM
- Article du 9 octobre 2005-VM
- Armor-magazine sep 2006
- Article du 24 août 2008-VM




